Grand débat - Elections municipales Rouen
Le grand débat consacré aux enjeux économiques des prochaines élections municipales, coorganisé par le Medef Métropole Rouen Normandie et la CPME Seine Maritime était animé par Mehdi Chebana (Paris Normandie), a réuni quatre candidats : Marine Caron, Nicolas Mayer-Rossignol, Grégoire Houdan et Maxime Da Silva.
Les échanges ont porté sur les grandes conditions de l’attractivité du territoire : gouvernance, développement économique, mobilité, logement, fiscalité et identité industrialo-portuaire. Ils ont également mis en lumière des divergences stratégiques importantes sur les leviers à mobiliser pour le développement de Rouen et de sa métropole.
1. Gouvernance et articulation Ville–Métropole : un clivage central
La question du cumul des fonctions de maire de Rouen et de président de la Métropole a constitué le principal point de débat.
- Nicolas Mayer-Rossignol défend ce cumul comme un facteur d’efficacité, rappelant que les compétences économiques relèvent majoritairement de la métropole et qu’une gouvernance unifiée permet de mener des politiques cohérentes.
- Marine Caron plaide pour un maire pleinement dédié à Rouen, dans le cadre d’une gouvernance métropolitaine apaisée et fondée sur la coopération entre collectivités.
- Grégoire Houdan s’oppose également au cumul, estimant qu’il éloigne l’exécutif municipal des préoccupations des habitants.
- Maxime Da Silva, candidat aux deux scrutins, considère que la légitimité du cumul relève avant tout du choix des électeurs.
2. Stratégies d’attractivité économique : continuité, rupture ou transformation
Les candidats ont exprimé des visions distinctes quant au développement économique du territoire.
- Nicolas Mayer-Rossignol met en avant le bilan économique de la mandature (création d’entreprises, dynamisme de l’emploi) et plaide pour la continuité afin de consolider la dynamique engagée.
- Marine Caron propose un changement de méthode, fondé sur la confiance, le dialogue renforcé avec les acteurs économiques et une gouvernance moins idéologique.
- Grégoire Houdan place la sécurité et la stabilité fiscale au cœur de l’attractivité territoriale et appelle à une rupture avec les politiques actuelles.
- Maxime Da Silva défend une approche plus interventionniste des politiques publiques, mobilisant notamment les marchés publics et la transition écologique pour soutenir l’économie locale.
3. Mobilité : un enjeu majeur pour la compétitivité du territoire
La congestion routière estimée à 85 heures perdues par an pour les automobilistes fait consensus comme frein à l’attractivité.
Les réponses proposées diffèrent :
- Soutien au contournement Est : Marine Caron et Grégoire Houdan.
- Développement massif des transports alternatifs (transports en commun, vélo, covoiturage) : approche partagée mais avec des priorités différentes.
- Critique de la ZFE et proposition de gratuité partielle des transports : Maxime Da Silva.
- Approche combinée et métropolitaine intégrant RER métropolitain, logistique urbaine et nouvelles mobilités : Nicolas Mayer-Rossignol.
4. Logement : un défi majeur pour l’attractivité et la cohésion sociale
Tous les candidats reconnaissent l’ampleur de la crise du logement, perçue comme un frein à l’attractivité et à l’installation des talents.
Les propositions s’organisent autour de trois approches :
- Mesures d’urgence et régulation forte (gel des loyers, réquisition de logements vacants, limitation des locations touristiques) : Maxime Da Silva.
- Relance de la construction et incitations fiscales à la rénovation : Marine Caron.
- Aides à la primo-accession et mobilisation des friches : Grégoire Houdan.
- Construction, rénovation et mixité sociale à l’échelle métropolitaine : Nicolas Maillard-Rossignol.
5. Fiscalité et finances publiques
La fiscalité constitue un sujet central pour les entreprises.
- Marine Caron et Grégoire Houdan s’engagent à ne pas augmenter les impôts locaux, afin de garantir la visibilité des acteurs économiques.
- Maxime Da Silva se dit prêt à augmenter le versement mobilité pour financer les transports publics.
- Nicolas Mayer-Rossignol met en avant la solidité financière actuelle de la ville et de la métropole, caractérisée par un niveau d’endettement maîtrisé et une capacité d’investissement élevée.
6. Commerce de centre-ville : revitaliser l’activité
Le débat a également porté sur la revitalisation commerciale, dans un contexte de vacance estimée à 14 %.
Parmi les propositions :
- Renforcer l’accessibilité et la sécurité du centre-ville (Houdan).
- Développer le pouvoir d’achat des habitants comme moteur de consommation (Da Silva).
- Améliorer la gouvernance et l’écoute des commerçants, avec notamment la recréation d’un office du commerce (Caron).
- Poursuivre les dispositifs existants, comme la gratuité des transports le samedi ou l’usage du droit de préemption commerciale (Mayer-Rossignol).
7. Une identité industrialo-portuaire à réaffirmer
Un consensus fort s’est dégagé sur la nécessité de mieux valoriser l’identité industrialo-portuaire de Rouen, qui représente près de 20 000 emplois.
Les priorités évoquées :
- Renforcer l’acceptation sociale de l’industrie,
- Développer les formations liées aux métiers portuaires et industriels,
- Accompagner la transition vers une industrie décarbonée.
Les candidats convergent sur la nécessité de réconcilier les habitants, notamment les jeunes, avec cet héritage économique structurant pour le territoire.
Ce débat a mis en évidence des visions contrastées mais convergentes sur plusieurs enjeux structurants pour l’avenir de Rouen : mobilité, logement, commerce et valorisation du port et de l’industrie.
Au-delà des divergences politiques, une conviction commune s’est exprimée : l’attractivité économique du territoire repose sur un écosystème local solide, associant entreprises, collectivités et habitants.
La question de la gouvernance entre la Ville et la Métropole, tout comme les choix en matière de fiscalité, de mobilité et de logement, constituera toutefois l’un des axes déterminants du scrutin à venir.