EXPORT et INDUSTRIE

 

Pourquoi l’export est important ? et comment le relancer ?

 

Quelques constats :

  • Depuis 2010, la balance commerciale de la France est déficitaire autour de 2,2 % du PIB, soit 47 Milliards €/an. La France a perdu 42 % de parts de marché à l’export depuis 2000. La dégradation des performances dans les exportations de biens et de services a surtout lieu dans l’Union Européenne. De plus les entreprises françaises n’ont pas bénéficié des marchés en développement hors Europe.
  • Un déficit de la balance courante montre un excès de la demande intérieure sur la production intérieure. Or l’augmentation des importations et la diminution des exportations traduisent souvent un problème de compétitivité.
  • Les produits manufacturés représentent 74 % du trafic mondial, les services représentent donc moins de 26%. La dégradation de la France est forte dans les biens mais aussi significative dans les services. Depuis 1980, avec le déclin industriel ils sont devenus la principale source d’emplois qui sont souvent de faible qualification.
  • Les pays européens qui ont une balance courante positive sont ceux qui ont le PIB le plus élevé par habitant. La France, eu égard à sa performance, régresse dans le classement européen et dans le classement mondial du PIB par habitant (21ème mondial).
  • Nous avons deux fois moins d’entreprises qui exportent qu’en Italie et trois fois moins qu’en Allemagne.

 

Quels liens entre désindustrialisation et commerce extérieur ?

Le déficit massif de l’export est étroitement lié à la désindustrialisation de la France, non contestable dans les chiffres (le commerce mondial étant constitué à 73% de produits manufacturés). La France est malade du déclin massif de son industrie manufacturière, qui a commencé il y a 30 ans et s’est amplifié depuis 2000, or l’industrie est le déterminant de la croissance économique

Quelques chiffres :

  • L’industrie française pesait 22% du PIB à la fin de la décennie 70, 18,6% en 2010, moins de 12% aujourd’hui.
  • L’industrie française a perdu 2 millions d’emplois en 30 ans.
  • La France est le pays qui connait le déficit le plus élevé pour les produits manufacturés dans l’ensemble de l’Union Européenne.
  • Le nombre d’emplois marchands est stable en France, depuis 15 ans.

 

Motifs de cette désindustrialisation

  • Une productivité trop faible car l’industrie française n’a pas assez profité des progrès techniques pour améliorer son appareil productif.
  • L’industrie française n’a pas été capable d’améliorer la qualité des produits ou de créer de nouveaux produits plus haut de gamme.
  • Le dérapage important des coûts salariaux depuis la fin de la décennie 90.
  • Le nombre d’entreprises exportant et d’entreprises de taille intermédiaire est trop faible. Nos PME n’arrivent pas à attaquer les marchés étrangers car elles sont insuffisantes et trop petites.
  • Après la guerre les politiques ont construit un Etat fondé sur une économie de financements administrés avec un compromis social inflationniste, des programmes industriels, des politiques congrues et des institutions adaptées. Or ce système a commencé à disparaitre en 1974 avec le démantèlement des outils nationaux de soutien à l’industrie et l’extension de l’Etat providence financé exclusivement par la dette.

La politique macro-économique de nos dirigeants a joué un rôle dans cette désindustrialisation car on a stimulé la demande intérieure par le déficit et la dette en élevant beaucoup trop les prélèvements obligatoires. Ainsi l’industrie française s’est effondrée alors qu’elle avait des atouts dans les high-tech, dans le luxe, dans les transports, dans l’agro-alimentaire.

Après l’an 2000, alors que l’ouverture au monde s’accélère, les entreprises françaises ont vu leur rentabilité s’effondrer avec des pressions fiscales et sociales insupportables.

Nous avons assisté à une divergence entre les politiques menées depuis trente ans et l’évolution du contexte économique, français, européen et mondial qui n’a pas été compris par nos dirigeants ou que nos dirigeants n’ont pas voulu voir.


Quelles sont les conséquences de cette désindustrialisation ?

  • Diminution du pouvoir d’achat car les emplois industriels sont plus productifs que les services.
  • Dégradation du commerce extérieur comme vu ci-dessus.
  • Diminution des investissements étrangers en France depuis l’an 2000.
  • Augmentation de la dette publique de 40% depuis l’an 2000.
  • Impact sur l’innovation, la conception, le marketing qui deviennent plus difficiles sans base manufacturière.
  • Peu de services à fortes valeurs ajoutées dans un pays désindustrialisé.
  • Le manque d’espoir qui affaiblit gravement notre démocratie.

Nous sommes à la croisée des chemins, la désindustrialisation, le déséquilibre du commerce extérieur, l’érosion continue de la spécialisation, la nature des emplois de services nous conduisent à un appauvrissement national relatif, qui est déjà à l’œuvre dans le niveau du PIB par habitant.


Que faire pour redresser le déficit du commerce extérieur et la productivité de notre industrie ? alors que

  • la compétitivité coût s’est améliorée par le CICE et le Pacte de Responsabilité. Toutefois elle reste encore insuffisante.
  • les PME ne grossissent pas,
  • l’investissement stagne,
  • la rentabilité plafonne ou augmente légèrement,
  • le déficit public est de 70 milliards d’euros par an, que les régimes sociaux sont en déséquilibre et que l’Etat est endetté, tous régimes confondus, à hauteur de 2 300 milliards d’euros,
  • les populistes de droite comme de gauche prônent des mesures simplistes, totalement irréalistes mais tellement faciles à vendre.

 

Or la réindustrialisation est possible. Facteurs pouvant y contribuer :

  • La convergence salariale. Les salaires dans les pays émergents progressent actuellement plus vite que les salaires des pays développés et l’écart se réduit donc.
  • La redistribution d’avantages comparatifs.
  • Les ruptures technologiques massives qui sont devant nous et qui vont redistribuer profondément les cartes.
  • La correction de certains excès des délocalisations.
  • Une prise de conscience de certain de nos dirigeants, avec la nécessité de préparer l’avenir de nos enfants.
  • Un esprit français créatif et entreprenant.

 

Comment la rendre possible ?

Cette politique de réindustrialisation peut s’appuyer sur les grandes entreprises françaises, en œuvrant pour qu’elles investissent en France, les PME étant souvent trop petites et les ETI en nombre suffisant. Nous avons de grands outils dans l’aéronautique, l’armement, le cosmétique, l’énergie, le luxe, les alcools, le tourisme mais cela ne suffira pas.

Il faut aller dans le sens d’une économie créative basée sur les activités nouvelles, sur la connaissance et sur l’innovation. Les ruptures technologiques vont profondément changer les modes de production industrielle et il est possible pour la France de revenir dans la course et d’éviter ainsi une grave vassalisation.

Ainsi, il s’avère nécessaire de développer :

  • la robotique de pointe et l’internet des objets qui ont un impact fort sur la productivité.
  • Le Big data et l’économie des réseaux, les énergies renouvelables, le stockage de l’énergie, l’impression additive, les véhicules autonomes, les matériaux avancés, les bio technologies, l’automatisation du travail intellectuel, etc.
  • La culture scientifique et la formation car nous manquons effectivement d’ingénieurs de haut niveau.
  • De réduire des aides à effets d’aubaine.
  • De baisser le coût du travail qualifié et non l’inverse, et de supprimer des taxes qui pèsent sur la production pour favoriser les exportations. De plus l’Etat doit mettre en place un environnement entrepreneurial dynamique de PME innovantes qui incitent à la créativité.
  • De simplifier les obligations légales et réglementaires et développer l’apprentissage avec un taux de zéro charge etc…
  • D’arrêter l’inflation des normes et des règlements.

 

En conclusion, il est possible pour la France de renaître mais il importe d’entreprendre des réformes dont certaines demanderont plusieurs années : celle essentielle de l’Etat, de son rôle, de son organisation, de l’éducation, des retraites, de la fiscalité, etc.

De plus, les régions doivent amplifier leur rôle et la volonté politique actuelle de la Région Normande me semble aller dans le bon sens.

Il ne peut y avoir de distorsions entre une volonté politique de développer l’industrie et des mesures contraires à ce développement. Cette congruence et la dynamique de volonté de changer sont les conditions minimales de la réussite indispensable pour permettre un meilleur avenir aux nouvelles générations.

Yves KEROUEDAN,

Président.

 

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